- Notez que dans ce texte, je parle pour moi, que pour moi. -
Dans la première semaine en Inde, j'y ai vu des paysages étonnants. Des arbres verts, des plantes que je ne connaissais pas l'existence, j'ai senti la chaleur et l'air très épicé. Je marchais avec
nos découvreurs vers un petit restaurant en essayant de comprendre ce que je voyais. Car pour la première fois de ma vie, je ne comprenais pas et de surcroît, je ne comprenais pas ce que je ne
comprenais pas. J'étais démunie, comme si toutes mes armes de l'Amérique ne suffisait pas à survivre parmis la brousse de l'Inde. On marchait vers un petit boui-boui, soit un petit restaurant où on
doute de la qualité et de l'hygiène mais où on bouffe à s'en lécher les doigts. Je n'ai pas compris ce que j'y faisais mais je restais confiante : j'en étais à mes premiers pas.
J'ai bien aimé cette bouffe, si différente du Québec. Un peu avant notre départ, Guillaume et moi avions manger un peu indien, que deux plats pour me donner une idée, sans y retourner. Ils avaient
un petit goût sucré que j'ai adoré, ce que je n'ai évidemment pas retrouvé en Inde. Comme on ne comprend pas ce qu'il y a sur les menus ...à moins d'en avoir déjà pris et de savoir exactement le
nom ! Et des lignes de plats à 2 ou 3 mots inconnus, il y en a ! Certains pointent quelque chose à commander et espère avoir de la chance et d'aimer le plat. Sinon, pour environ 30 cents du plat,
on se dit que ça vaut la peine de s'essayer et sinon suffit d'avaler rapidement avec une grosse gorgé d'eau et une bouché de pain naan et ne plus toucher à ce service.
J'ai découvert les bords de rues ici aussi. Le manque de trottoir. L'espèce de challenge entre les automobilistes et toi, chaque fois qu'on marche dans la rue. Comme m'a dit Aurélie : la rue n'est
pas ton amie, mais tu y es en sécurité. Tu dois faire attention pour les voitures, sinon ça va." On était 4, ça allait, j'ai bien aimé marcher mon premier soir, parmis les voitures, les plantes que
je ne connais pas, dans les roches et la terre sur le bord du chemin. Mais je ne sais pas pourquoi, je n'ai plus eu envie d'y mettre les pieds dans la deuxième semaine, accompagnée ou non. Je ne
connais pas ce sentiment, je ne sais pas ce que j'avais vu ou fais, mais marcher dehors ne m'intriguait pas et me semblait trop 'dur' pour moi. Qu'est-ce qui était 'dur' ? Je n'aimais pas ce qui se
passait autour de moi. Je n'aimais pas sentir l'air. Je me sentais impatiente. J'avais une boule de stress avant de sortir de la maison. Pourtant, la semaine d'avant, MG Road, découverte d'un petit
restaurant-café sympa, promenades sur les Lane, centre d'achat, etc. J'ai adoré l'expérience, la nouveauté, les nouveaux visages. Mais j'avais peur. Oui, peur.
Mais c'est peut-être ça, les nouveaux visages, les enfants qui te regardent passer avec de grands yeux, les gens qui sont curieux, je me sentais sur la défensive peut-être un peu, les magasins que
je ne reconnais pas, les endroits où je peux aller et où je ne peux pas, les repères que je n'avais plus, les allés et venus des automobiles dont le trajet m'est inconnu, les réactions des gens qui
étaient neutres, bien souvent, le rythme de vie tellement plus lent. C'est ça, être déstabilisé, non ?
J'ai finalement oublié l'idée. J'ai pris plaisir à vivre l'Inde. À comprendre que je devais me simplifier la vie. Accepter ce qui me déroutait pour me dire que ce n'est que différent, mais tout à
fait vivable ! Je m'étonne même. J'ai appris vite ce que je craignais : je prend le rickshaw seule lorsque je dois me rendre quelque part, je sais combien je dois payer, je marche seule pour aller
chercher des oeufs et du jus. Des petits gâteaux pour me faire plaisir! Je crois que j'ai assimilié un peu d'environnement, un peu la façon de faire toute désordonnée, ce dont je ne suis pas
habitué, et je me sens un peu plus chez moi, c'en est une routine que d'aller chercher mon pain quand il y en a plus. Ça me fait sentir mieux de savoir que ce n'est pas passagé mais habituel. Ces
gens lorsque je les regarde ne me sont plus aussi étrangés qu'avant. Ils sont mes voisins, les habitants de la même ville que moi, qui achète du pain à la même place que moi, etc.
Et c'est une question d'apparence, aussi ! On regarde l'apparence, si ça nous plaît on fonce, sinon on part de l'autre côté et on trouve autre chose. On agit comme ça au Québec. Lorsqu'on arrive
ici, les magasins ne sont pas du tout pareil, les rues deviennent étrangères à toutes nos connaissances. Au début, tu aimerais trouver un endroit où te poser pour faire des achats comme chez vous,
pour absorber un peu mieux le choc. Mais non, tu ne trouves pas et tu dois comprendre où acheter chaque chose. Tu as beau regarder un peu, tu ne sais pas où, tout se ressemble et tu ne sais pas par
où te diriger. Les magasins sont toujours de petits locaux avec des portes en taules, gris et sombre lorsque fermés mais lorsqu'ouverts, ça nous décharge tout leur stock au visage, on oublie les
portes ! Ça, ce sont les dépanneurs ou les petites boutiques uniques un peu partout.
(Boutiques d'un peu partout, toujours au rez-de-chaussé d'immeubles de quelques étages, petits locaux avec portes de taules sur la rue.)
Il me semble, tout ce que je voulais, c'est un Provigo au coin de ma rue pour faire mon épicerie. Un Jean Coutu pour m'acheter de la pâte à dent. Un Second Cup pour prendre un latté pour emporter.
Une boutique propre pour acheter des fruits et des légumes. J'ai besoin de ces repères et je me frappe sur des portes de taules. Sur des mini boutiques qui ne me sembles pas acceuillantes. À faire
des achats dans la rue, trop près de la rue... À cette heure-là, tu te dis que tu n'achèteras plus rien de la même façon qu'à Montréal.
Quand tu découvres peu à peu par les commentaires et compliments du monde qui t'entoure, tu oses t'aventurer. Et des boutiques géniales et des pâtisseries délicieuses, et des boutiques de linge où
le prix du tissu surpasse ma compréhension de son actuel présence devant mes yeux, en Inde, et des restaurants à superbe allure (comme mon
Terttulia), et des beignes dans des comptoirs de beignes ça existe, et de la crème glacée dans des comptoir à
crème glacée ça existe. Des oeufs dans des frigo ? Non, ça existe pas ici... Mais finalement, à force de marcher, rentrer, acheter, magasiner, on s'acclimate et on ne chigne plus pour aller
chercher la dernière bouteille du fond d'une rangée car elle n'a pas été touchée, on se contente de ce qu'il y a, poussière ou pas !
Il me reste un mois ici et je suis encore en train de regarder les passants dans la rue, à regarder roulers les automobiles, à regarder les enfants assis sur des charettes qui contiennent des pots
de fleur, à acheter mes oeufs à l'unité qui patientaient au chaud, à voir des bidonvilles en face d'hôtels et de complexes de luxe, à voir des bidonvilles qui possèdent le satelitte (!), à voir des
enfants de 3 ans faire un petit caca sur le bord du chemin et voir une Mercedes traverser la rue au même moment, et je me dis : Je ne comprend pas.
(satellites sur
bidonvilles)
Je ne sais pas ce que je comprend pas ! J'aimerais mettre le doigt dessus. Quelqu'un peut m'éclairer ? Je saurai peut-être à mon retour, seulement. M'enfin, j'arrête, je continuerai sur tout ce qui
m'épate, dérange, me fait questionner, m'émerveille, plus tard...